Que penser de l’emprunt EDF 4,5% 5 ans ?
Vendredi, juin 5th, 2009
EDF va émettre une obligation à 4,5% sur 5 ans. Pour commencer, la période de souscription s’étendra du 17 juin au 10 juillet 2009 prochain inclus.
Comme pour n’importe quelle obligation, le capital sera intégralement remboursé à l’échéance et distribuera, chaque année, un coupon faisant office de rémunération.
Le montant total de l’émission n’est pas encore annoncé et pourrait varier selon le succès de l’opération.
EDF souhaite remettre au gout du jour les grands Emprunts populaires telle l’obligation Balladur 6%, mais celle-ci était éligible au PEA !
Voici un digest de différentes opinions et un peu d’histoire
EDF s’apprête à lancer un important emprunt à destination des particuliers. La proximité de l’Etat semble rassurer. Pourtant, comme pour tout emprunteur, il est préférable de regarder son passé. La naissance même de cette entreprise provient d’un gigantesque emprunt forcé assez mal honoré.
Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, l’Assemblée nationale constituante met en œuvre des réformes structurelles conformément au programme du Conseil national de la résistance. Ce dernier prévoit “l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie”.
Le 8 avril 1946, Marcel Paul, syndicaliste CGT et ministre communiste de la Production industrielle, soutient la loi de nationalisation des entreprises électriques et gazières. Seuls les sites appartenant à des régies municipales ou à la SNCF sont épargnés. Au total, 869 entreprises de production, transport et distribution d’électricité sont ainsi nationalisées pour créer Electricité de France. Il y a toutefois un problème, les plus importantes de ces entreprises sont cotées en Bourse. Et l’Etat n’a évidemment pas les moyens d’indemniser en espèces les propriétaires.
Les actions de ces entreprises sont largement répandues chez les Français avec 975.000 actionnaires individuels, soit 8% des ménages. Ils vont voir alors leurs droits de propriété transformés en obligations. La valeur d’indemnisation est basée sur une moyenne des cours observés depuis septembre 1944. Dans cette période agitée où le public sait inévitables ces nationalisations, les cours sont loin d’être surévalués. Malgré ce contexte difficile, la Compagnie parisienne de distribution d’électricité, l’Energie industrielle ou les Forces motrices de la Truyère figurent parmi les plus grosses capitalisations boursières françaises.
Leurs actionnaires reçoivent des obligations à 3% de la Caisse nationale de l’énergie, amortissables sur cinquante ans, les fameuses CNE 3%. Surprenante contrepartie de leur perte de propriété, ils bénéficient en outre, quels que soient les profits, de 1% du chiffre d’affaire et d’une prime de remboursement. A l’époque déjà, on se soucie de répartir autrement les profits. Mieux, on “distribue” le chiffre d’affaires puisqu’un pourcentage identique est curieusement accordé au personnel. C’est ce 1% qui permet encore aujourd’hui au comité d’entreprise d’EDF d’être le mieux doté du pays. Toujours géré par la CGT, il emploie plus de 5.000 personnes.
Malheureusement pour les anciens actionnaires des entreprises électriques, les années qui suivent sont marquées par l’hyperinflation. De 1946 à 1948, la hausse des prix dépasse 50% par an. Son effet sur les titres à revenus fixes est dévastateur. Ce rythme d’inflation, trois années durant, détruit 90% de la valeur réelle des obligations. Ce phénomène frappe aussi les anciens propriétaires des autres entreprises nationalisées de la même manière (banques, assurances, houillères, gaz).
Rapidement, la valeur des CNE 3% ne réside plus que dans “l’indexation” que constitue le droit au 1% du chiffre d’affaires. A partir du choc pétrolier de 1973, le chiffre d’affaires d’EDF s’envole en même temps que le prix de l’énergie. A la fin des années 1970, ce 1% permet à ces obligations de s’échanger pour plus de 4.000 francs alors que leur valeur nominale est de seulement 100 francs.
Le 3 décembre 1979 en soirée, des élus RPR, avec seulement 20 députés présents dans l’hémicycle, font voter une indexation sur les seuls volumes. Ils accusaient les détenteurs de CNE de profiter de la hausse du prix de l’énergie. Cela malgré l’hostilité du ministre du Budget de l’époque, un certain Maurice Papon, qui met en garde contre l’atteinte au crédit de l’Etat que constitue un tel reniement de ses engagements. En revanche, le 1% versé au comité d’entreprise n’a lui jamais été reconsidéré.
L’emprunt créateur d‘EDF a donc été à deux reprises une mauvaise affaire pour les investisseurs. L’EDF actuelle n’a qu’un lointain rapport avec le CNE 3% mais il est clair que la proximité de l’Etat n’est pas toujours une garantie pour les épargnants.
« EDF propose un livret A avec un meilleur rendement » selon l’Expansion
Pourquoi les épargnants auraient-ils intérêt à souscrire aux obligations émises par EDF ?
Mais justement le rendement de 4-5% proposé par l’empruntEDF n’est-il pas en deçà du marché obligataire corporate?
Souscrire à des obligations EDF équivaut donc à prendre un risque zéro ?
C’est donc plus intéressant que le livret A actuellement à 1,75% ?
Et pour EDF, quel intérêt de se tourner vers les particuliers lorsqu’on a déjà fait appel aux investisseurs institutionnels?
Faut-il souscrire à l’obligation EDF 4,5% 2014 ? Non. Du blog oblig.fr/
Le blogueur met en avant deux points positifs :
Peu de risque d’insolvabilité
Un taux intéressant.
Mais aussi deux points négatifs :
Une fiscalité défavorable
Des coûts associés qui peuvent être pénalisants
Conclusion ? Préférez une assurance-vie
Placez plutôt votre argent sur une assurance-vie à un taux autour de 4%, et attendez de voir le marché secondaire de cette obligation.
Avec un peu de chance, vous pourrez les racheter moins cher, car il y a toujours des déçus, des clients trompés par leur conseiller, qui chercheront à s’en débarrasser, et qui seront heureux de trouver un acheteur de seconde main. Et si l’opportunité ne se présente pas, vous serez resté sur une assurance vie à 4%.
Si l’on prend en compte l’impôt et les frais, mieux vaut toucher 4% sur une assurance vie (garantie à hauteur de 70.000 EUR), que 4,5% sur une obligation EDF.
L’emprunt d’EDF est un bon placement mais pas pour tout le monde pour le Magazine Capital.
Pour conclure je laisse la parole au président d’EDF, Pierre Gadonneix via une interview du Figaro via ce lien.
Tags:EDF, Emprunt, Livret A, Obligation
